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« Danser »
N° 224 (Sept. 2003)
Pages 61 à 65
Laissez-vous coacher
| Vous rencontrez
des difficultés dans votre pratique, des obstacles que vous
n'osez pas franchir, des blocages... Un coach peut vous
aider à en déterminer l'origine et à les dépasser. Oui,
mais comment ?
Au départ, le coaching était une technique d'amélioration
de la performance des champions : le coach, professeur,
maître ou entraîneur possédait une connaissance, un savoir-faire
qu'il se proposait de transmettre. Cette pratique est aujourd'hui
reprise et améliorée, élargie par des spécialistes formés
dans des écoles sérieuses qui sont habituées à délivrer
des accréditations. Les coachs utilisent différents « outils
» afin d'amener les coachés à réfléchir sur leurs difficultés
personnelles et ils s'attachent à trouver de nouveaux modes
de fonctionnement et de réflexion pour leurs coachés. Ils
inventent ensemble de nouvelles façons de faire qui se traduisent
par des actions innovantes et des résultats visibles. Au
coeur de l'apprentissage, le coach crée une relation privilégiée
avec son coaché pour sortir du cadre connu et surtout pour
transformer les obstables en opportunités de changement.
Dans le monde de l'entreprise, les dirigeants ont vite compris
l'intérêt de cette forme de développement personnel. Il
faut dire que les exigences toujours plus grandes leur enjoignant
d'être actifs, performants, infatigables, avec un moral
d'acier et une santé de fer, les ont incités à se faire
aider ou accompagner par un coach. Ces exigences ne sont
pas sans rappeler ce que l'on attend d'un danseur, souvent
confronté à des impératifs de performances à tous les niveaux
: artistiques, sportives, esthétiques, médicales, psychologiques...
La plupart d'entre eux font face à ces contraintes au prix
de stress, de volonté ou d'abnégation qui peuvent, à terme,
les endommager psychiquement ou physiquement... D'autres
ont parfois l'impression, à l'occasion d'un examen, d'un
spectacle ou d'un tournant dans leur carrière, d'être face
à un mur infranchissable. C'est là que l'intervention d'un
coach peut se révéler fort utile, car « un danseur heureux
sera un danseur fabuleux », prédit Josette Lépine, coach
spécialisée pour les danseurs.
Comment ca marche ?
Le premier but d'un coach est de vous apprendre à apprendre
autrement. Il vous amène à une autre approche de ce que
vous savez faire. Il vous aide à sortir de vos sentiers
battus et rebattus. |
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Il vous apprend à évaluer vos besoins et
vos objectifs pour pouvoir les réaliser. Un coach n'impose
rien, il propose, et surtout, il est le partenaire du coaché
: ils travaillent ensemble face à un objectif commun qu'ils
ont défini et qui permet de développer son potentiel. Le
coach prendra donc en compte toutes les facettes de la personnalité,
créera les meilleures conditions pour que les capacités,
compétences et valeurs de l'artiste soient optimisées. Il
procédera à la mise en place d'un processus d'apprentissage
créatif afin que l'artiste puisse s'accomplir selon ses
besoins - respiration, relaxation, intégration fonctionnelle,
ou toute autre technique de bien-être. Une alimentation
appropriée à son rythme de vie sera étudiée en fonction
de son métabolisme pour qu'il trouve la force et le dynamisme
nécessaires pour faire face au stress, au trac, à la fatigue
ou à une déficience physique... |
Souvent, explique Josette Lépine, les artistes ne connaissent
ni leurs limites, ni même leurs besoins, comme s'ils étaient
anesthésiés, muets parce que leurs besoins leur ont été
dictés par des personnes de leur entourage - parents, maîtres...
Du type « je sais ce qui est bon pour toi et tu vas le faire.»
Comme si les artistes étaient de petits pantins auxquels
on apprend à s'agiter mais qui n'ont pas d'individualité.
On a tendance à barrer l'autonomie de l'artiste dans le
milieu de la danse.»
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De plus, un artiste, surtout un
danseur qui tend à faire de lui-même une oeuvre d'art, a un
idéal du moi très particulier. Il peut être positif puisque
c'est ce qui va lui donner accès à une excellence, mais il
peut aussi donner lieu à des excès liés à un déficit d'image
ou à des dérives dues à une exigence impossible. Déjà, il
doit d'emblée faire face à trois niveaux entre ce qui est
exigé réellement, ce qu'il imagine qu'on exige de lui, et
ce qu'un artiste peut et doit exiger de lui-même. Si on le
pousse à se dépasser au-delà de ses propres limites et au-delà
des limites du possible, que devient-il ? Outre le risque
de dopage - médicaments ou autres - ou d'anorexie pour arriver
à ce qui est exigé, il est souvent en perte d'identité. En
effet, un artiste entre souvent en fusion avec un maître qui
est son modèle, son maître à penser, à dire et à faire...
à tout moment, si l'exigence est intenable, cette personnne
risque de « ne plus être », assure Josette qui connaît bien
son sujet (cf. encadré). C'est là que le coaching intervient
et peut répondre à ce type de problématique. Il va aider l'artiste
à trouver son ajustement à lui-même. Le coach est celui qui
va pouvoir dire : « pour aujourd'hui ça va, demain on verra.
» Le coaching ne repose pas sur des conseils déjà prêts, mais
attise au contraire la réflexion et l'autonomie de la personne
pour qu'elle puisse se sentir plus forte et trouver ses propres
réponses. On ne lui aura pas dit ce qui est bon pour elle
à sa place, on ne lui aura pas intimé de faire comme il faut,
et surtout, on lui aura permis de s'exprimer sans menace ni
culpabilité. « Un artiste doit pouvoir faire plaisir à son
être s'il veut être exceptionnel, affirme Josette. Souvent,
il suffit d'un changement de regard, d'une modification du
processus interne. La plupart du temps, les artistes sentent
confusément ce besoin, mais ignorent qu'un tel chemin existe. |
On leur a tellement
appris que « c'était comme çà et pas autrement ! ». « Par
exemple, s'indigne Josette, s'ils réussissent sans souffrir,
ils se sentent alors coupables. Pourtant, rien n'est plus
dur que ce fatalisme quotidien qui s'abat. Moi, ça me fait
bouillir une telle rigidité mentale. »
En général, le coach définit une sorte de « contrat d'objectif
» avec le coaché d'environ cinq à huit séances. Mais les étapes
ne doivent pas être prédéfinies même si l'objectif existe.
Un coach n'a ni méthode ni stratégie pré-établies puisqu'il
faut que le coaché conçoive sa réalité intérieure - jusque-là
ignorée - pour déterminer son objectif. Cela dit, l'objectif
aussi est révisable ; il arrive de se tromper de cible comme
on le découvre au cours du processus ; c'est normal car il
est très difficile d'exprimer sa singularité. Il faut savoir
être souple et ne pas se bloquer sur une erreur d'appréciation.
Josette Lépine se plaît à citer Moshe Feldenkrais, |
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un pionnier de l'éducation
somatique : « Si vous n'avez qu'un choix vous êtes une pierre,
si vous en avez deux, vous êtes un commutateur, et si vous
en avez trois, vous commencez à devenir un être humain. »
Une fois que le coach aura amené la personne à prendre conscience
de ce qui lui convient, il est celui qui l'aidera à parvenir
à son but en lui dévoilant des chemins inconnus du coaché.
« Inconnus parce qu'il n'y songeait pas », précise Josette.
« Tout le monde veut changer mais garder ses petites habitudes,
ses routines. Même si vous savez qu'elles vous empêchent d'avancer,
elles vous rassurent aussi. Ce sont ces nouveaux sentiers
qu'il faut découvrir. Au fond, il s'agit de partir en exploration...
à la découverte du meilleur de soi-même. » « L'important,
dit encore Josette, c'est de ne pas barrer la route à ce que
la personne ignore d'elle-même. » Agnès lzrine
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Je suis entrée à l'Ecole de l'Opéra
à huit ans. A trente-quatre ans, un de mes reins a cessé
de fonctionner, j'ai fait un infarctus, je me suis retrouvée
du jour au lendemain inactive, passive. Ma vie n'avait
eu de sens qu'à travers la danse et ce monde au creux
du monde qu'était l'Opéra, je ne connaissais rien d'autre,
j'avais perdu tout repère. |
J'avais quasiment commencé ma carrière
à trois ans : ma mère, qui admirait Shirley Temple, avait
voulu faire de moi une star à grand renfort de danse, de claquettes
et de piano, le tout avec beaucoup de violence car à l'époque
on apprenait à coups de règle et de badine. Je me suis retrouvée
sur un divan de psychanalyste à regarder le plafond. J'étais
au point mort, je ne comprenais rien à ce qui m'arrivait.
Je n'avais rien à dire parce que je ne savais pas que j'existais,
j'avais perdu toute identité, toute personnalité. Cela m'a
portée à essayer de comprendre. J'ai entrepris des études
de psychologie et j'ai attrapé au passage tout ce qui pouvait
exister comme moyens d'apprentissage. Mais je n'étais ni conseillée,
ni guidée, je n'avais aucune idée ni de ce que je pouvais
faire, ni de mes capacités. J'avais une telle nostalgie de
la danse que je me suis orientée vers toutes les techniques
de mouvement parallèles : eutonie, tai-chi, aikido... Tout
y passait.
Peu à peu, je me suis autorisée à donner des cours de danse.
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J'ai
enseigné au Conservatoire de Puteaux, je faisais quelques
petites chorégraphies qui ne me satisfaisaient pas vraiment.
Par hasard, une femme m'a parlé de la méthode Feldenkrais.
Je l'ai suivie. Là, j'ai entendu « Prends soin de ton corps.
» C'était la première fois que l'on me disait une chose pareille.
Cela m'a beaucoup apporté : on ne force pas, on va à son rythme,
on travaille la concentration et la créativité pour soi, il
n'y a ni jugement ni bonne façon de faire... Cela m'a aidé
à me reconstruire psychiquement et physiquement. Je suis devenue
praticienne Feldenkrais. Mais je continuais à donner des cours.
Un beau matin, je me suis sentie totalement incohérente :
d'un côté la méthode Feldenkrais où j'apprenais à écouter
et respecter mon corps. De l'autre mes propres cours de classique
où je m'époumonais : plus haut, plus fort, plus vite ! J'étais
ébranlée. je transmettais la danse comme on me l'avait apprise.
J'ai donné ma démission. J'ai continué à enchaîner les formations
: psychopathologie, anatomie, alcoologie et toxicologie...
Et un jour, j'ai rencontré des gens qui faisaient une formation
au coaching et qui m'ont entraînée. De fil en aiguille, j'ai
compris que c'est celà que je devais faire, non seulement
parce que cela me passionnait mais surtout parce que c'est
le moyen d'aider ceux qui, un jour, peuvent se retrouver dans
ma situation. |
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