Prenons les exemples d’un athlète. Depuis
des années, son corps a capté qu’à un certain
degré d’échauffement, il réussit mieux
ses prouesses, il est plus performant. Il a donc des repères
sensoriels agréables et une grande euphorie à se sentir
léger. S’il ne parvient plus, pour une raison ou une
autre à éprouver la même sensation, il va mettre
tout en œuvre pour retrouver un niveau de performance identique.
Soit il s’échauffera et forcera encore plus, soit il
cherchera dans des excitants une aide pour obtenir les mêmes
résultats. Il aura l’impression de réussir ce
qu’il veut et se sentira invincible. C’est alors son idéal
du moi (je vais être à la hauteur, le meilleur) qui devient
le moteur de sa consommation ou de son exaltation. Au fil du temps,
ce bénéfice deviendra de plus en plus provisoire et
imaginaire. L’entraînement, l’endurance, l’accoutumance
engendrent une dépendance. L’endorphine et l’adrénaline
stimulées développent de plus en plus d’euphorie
et le cerveau, avide de nouvelles sensations, met en place un effet
hypnotique, une transe, un état modifié de conscience.
Les chefs d’entreprises sont eux aussi concernés
par ce processus. Ce sont des athlètes de haut niveau. Les
dirigeants d’une société en pleine transformation.
Des attentes surdimensionnées pèsent sur eux ; on leur
demande d’être dans l’excellence, de se dépasser,
se surpasser. Les cadences de travail qu’ils subissent pour
répondre à leurs responsabilités, les déplacements,
les exposent particulièrement au stress.
Un conseiller averti de ces scénarios destructeurs
pourrait intervenir avant qu’il ne soit trop tard et que ceux-ci
ne se renouvellent. Trop souvent, les individus préfèrent
ignorer les effets négatifs de ce forcing.
Emporté par cette quête subliminale,
déconnecté de ses sensations, incapable de mesurer sa
fatigue et sa souffrance, l’athlète savoure son bien-être,
prêt à tout pour se faire plaisir. Mais où commence
le plaisir, où s’arrête la souffrance ?
Combien tombent dans les pièges de l’addiction !
Tout athlète peut en témoigner, ces phénomènes
ont jalonné leur carrière, tous savent raconter leurs
expériences de prise de transe, d’état de grâce.
Tous relatent les prouesses qu’ils ont effectuées, détachés
de ce corps devenu soudainement aérien, prêt à
s’envoler, ce corps si léger, capable de glisser dans
le mouvement, d’être dans un autre monde, de fusionner
avec l’univers.